
{"id":45570,"date":"2017-06-17T14:43:31","date_gmt":"2017-06-17T13:43:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pietroichino.it\/?p=45570"},"modified":"2017-06-17T14:43:31","modified_gmt":"2017-06-17T13:43:31","slug":"rosanvallon-lelezione-di-macron-ridefinisce-lo-spartiacque-fondamentale-della-politica","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pietroichino.it\/?p=45570","title":{"rendered":"ROSANVALLON: L&#8217;ELEZIONE DI MACRON RIDEFINISCE LO SPARTIACQUE FONDAMENTALE DELLA POLITICA"},"content":{"rendered":"<h4><span style=\"color: #993300;\">Le vicende che hanno accompagnato la successione alla Presidenza della Repubblica francese evidenziano, oltre a una marcata personalizzazione del confronto politico che eclissa il ruolo dei grandi partiti, anche un<span id=\"result_box\" lang=\"it\"> nuovo assetto del discrimine politico principale, che fin qui si era basato essenzialmente sulle nozioni di destra e di sinistra<\/span><span id=\"t-served-community-button\" class=\"trans-verified-button goog-toolbar-button\"><\/span><\/span><\/h4>\n<p><em><span style=\"color: #ffffff;\">.<\/span><br \/>\nIntervista a Pierre Rosanvallon, professore di Histoire Moderne et Contemporaine du politique al Coll\u00e8ge de France di Parigi, a cura di G\u00e9rard Courtois,<\/em> <em>pubblicata da <\/em>le Monde<em> il 16 giugno 2017 sotto il titolo <\/em>L\u2019\u00e9lection de Macron red\u00e9finit le clivage droite-gauche <em>&#8211; Gli altri documenti e interventi in argomento disponibili su questo sito sono accessibili dal portale <\/em><a href=\"https:\/\/www.pietroichino.it\/?p=41749\" target=\"_blank\">Il nuovo spartiacque della politica mondiale<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0 <!--more--><span style=\"color: #ffffff;\">.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ffffff;\">.<\/span><br \/>\nL\u2019arriv\u00e9e au pouvoir d\u2019un pr\u00e9sident qui se revendique et de droite et de gauche rebat les cartes d\u2019une opposition s\u00e9culaire qu\u2019analyse l\u2019historien et sociologue. L\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2017 a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par une s\u00e9rie de ph\u00e9nom\u00e8nes in\u00e9dits dans l\u2019histoire politique fran\u00e7aise contemporaine: l\u2019\u00e9limination au premier tour des deux grands partis \u2013 droite r\u00e9publicaine et Parti socialiste \u2013 qui se succ\u00e9daient au pouvoir depuis des d\u00e9cennies; l\u2019\u00e9mergence d\u2019un homme, Emmanuel Macron, et d\u2019un mouvement, Enmarche!, qui transgressent tous les codes traditionnels de la vie politique; une personnalisation sans pr\u00e9c\u00e9dent du pouvoir ex\u00e9cutif\u2026 Nous avons demand\u00e9 \u00e0 l\u2019historien\u00a0<strong>Pierre Rosanvallon <\/strong>de replacer ces changements dans la longue dur\u00e9e de l\u2019histoire du syst\u00e8me d\u00e9mocratique.<\/p>\n<div id=\"attachment_45593\" style=\"width: 268px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-45593\" class=\"wp-image-45593 size-full\" src=\"https:\/\/www.pietroichino.it\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Rosanvallon.jpg\" alt=\"Rosanvallon\" width=\"258\" height=\"195\" srcset=\"https:\/\/www.pietroichino.it\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Rosanvallon.jpg 258w, https:\/\/www.pietroichino.it\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Rosanvallon-150x113.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 258px) 100vw, 258px\" \/><p id=\"caption-attachment-45593\" class=\"wp-caption-text\">Lo storico della politica Pierre Rosanvallon<\/p><\/div>\n<p><strong>Quels enseignements tirez-vous del\u2019\u00e9lection d\u2019Emmanuel Macron?<\/strong><br \/>\nElle traduit ind\u00e9niablement un triple basculement historique dans la structuration de la vie politique fran\u00e7aise. D\u2019abord, elle s\u2019ins\u00e8re dans une red\u00e9finition des clivages organis\u00e9s autour des notions de droite et de gauche. Ensuite, elle accomplit le mouvement engag\u00e9 depuis plus d\u2019un demi-si\u00e8cle de personnalisation de la vie politique. Enfin, elle traduit l\u2019\u00e9mergence d\u2019une nouvelle fa\u00e7on qu\u2019a la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de se repr\u00e9senter elle-m\u00eame. En revanche, deux \u00e9volutions sont beaucoup plus incertaines. Cette \u00e9lection signifie-t-elle que le lib\u00e9ralisme sort de l\u2019\u00e9tat de minorit\u00e9 qui est le sien en France? Va-t-elle conduire \u00e0 un nouveau mode de fonctionnement et d\u2019organisation de la vie politique autour des partis, ou sans eux?<\/p>\n<p><strong>Partons du clivage droite-gauche. Comment est-il devenu le cadre l\u00e9gitime et structurel de la vie politique fran\u00e7aise depuis plus d\u2019un si\u00e8cle, voire depuis la R\u00e9volution?<\/strong><br \/>\nOn sait que les termes sont n\u00e9s d\u00e8s la R\u00e9volution, en fonction de la place prise par les uns ou les autres \u00e0 gauche ou \u00e0 droite du pr\u00e9sident de la Constituante. Mais si \u00abgauche\u00bb et \u00abdroite\u00bb commencent \u00e0 \u00eatre employ\u00e9s \u00e0 ce moment-l\u00e0, l\u2019id\u00e9e d\u2019un clivage droite-gauche n\u2019a de sens v\u00e9ritable ni pendant la R\u00e9volution ni durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXesi\u00e8cle. Les clivages qui pr\u00e9valaient alors \u2013 entre r\u00e9volutionnaires et contre-r\u00e9volutionnaires, entre monarchistes et r\u00e9publicains \u2013 n\u2019\u00e9taient pas au premier chef des clivages de classe. Ils s\u2019organisaient sur la base de rapports \u00e0 l\u2019histoire de France, au sens m\u00eame de la R\u00e9volution, ainsi qu\u2019\u00e0 la vision de l\u2019ordre naturel des choses.<br \/>\nLa premi\u00e8re manifestation du clivage droite-gauche au sens o\u00f9 nous l\u2019entendons aujourd\u2019hui remonte \u00e0 la fameuse \u00e9lection l\u00e9gislative de 1849. Un an auparavant, l\u2019\u00e9lection du printemps 1848 s\u2019est jou\u00e9e sur l\u2019unanimit\u00e9 r\u00e9publicaine. En 1849, on voit se dessiner la carte de France des \u00abrouges\u00bb et des \u00abblancs\u00bb, qui n\u2019a pratiquement pas chang\u00e9 pendant plus d\u2019un si\u00e8cle, jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970. C\u2019est \u00e0 partir de ce moment-l\u00e0 que la gauche et la droite prennent leur signification moderne. Elles m\u00ealent deux \u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s diff\u00e9rents: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 une dimension sociale de repr\u00e9sentation de certains groupes dans la soci\u00e9t\u00e9, de l\u2019autre une dimension id\u00e9ologique, c\u2019est-\u00e0-dire un rapport \u00e0 la construction de l\u2019avenir.<br \/>\nCette opposition s\u2019est ensuite consolid\u00e9e et elle restera la ligne de clivage majeure sous laIIIepuis sous la IVeR\u00e9publique, quelles qu\u2019aient \u00e9t\u00e9 les divisions au sein de chaque camp, notamment apr\u00e8s la cr\u00e9ation du Parti communiste en1920. A partir de 1958, et surtout apr\u00e8s l\u2019instauration de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle au suffrage universel, le cadre institutionnel va entretenir la vitalit\u00e9 de cette opposition gauche-droite: autant l\u2019\u00e9lection parlementaire permet l\u2019expression d\u2019un pluralisme et d\u2019une extension des formes partisanes, autant l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle conduit, au contraire, \u00e0 une polarisation des forces.<\/p>\n<p><strong>Comment expliquer que ce clivage droite-gauche ait r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 la r\u00e9publique parlementaire qui, vous le dites, \u00e9tait de nature \u00e0 favoriser la dispersion des forces politiques?<\/strong><br \/>\nD\u2019une part, il prolonge et entretient des clivages historiques anciens \u2013 entre catholiques et la\u00efcs, entre monarchistes et r\u00e9publicains, \u00adentre ordre et mouvement \u2013 qui opposent des fa\u00e7ons diff\u00e9rentes, volontiers antagonistes, d\u2019envisager la mani\u00e8re d\u2019entrer dans la modernit\u00e9. D\u2019autre part, sa dimension sociale se renforce sans cesse, surtout \u00e0 partir de la fin duXIXesi\u00e8cle, quand il devient un conflit de classes. La gauche va \u00eatre le camp de la redistribution, des lois sociales, de la r\u00e9gulation \u00e9conomique, alors que la droite va \u00eatre la repr\u00e9sentante du monde non salari\u00e9, encore tr\u00e8s important jusqu\u2019au milieu du XXesi\u00e8cle, ainsi que de la peur du changement. Il ne faut \u00adjamais oublier que la mensualisation des ouvriers ne se g\u00e9n\u00e9ralise qu\u2019apr\u00e8s1968.<\/p>\n<p><strong>Cette structuration de la vie politique a-t-elle \u00e9t\u00e9 remise encause au fil des \u00add\u00e9cennies?<\/strong><br \/>\nOui, et depuis longtemps. D\u2019abord \u00e0 travers des formes d\u2019un id\u00e9al technocratique selon lequel la politique n\u2019est pas une question d\u2019opposition partisane mais de gestion des affaires \u00adpubliques, de choix entre de bonnes et de mauvaises solutions. C\u2019est une ligne de fond tr\u00e8s ancienne: la politique fran\u00e7aise repose \u00e0la fois sur la comp\u00e9tition d\u00e9mocratique et sur une administration aspirant \u00e0 incarner un certain corporatisme de l\u2019universel.<br \/>\nL\u2019origine remonte \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise, avec la naissance des grands corps de l\u2019Etat. Cette vision de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral sup\u00e9rieur \u00e0larepr\u00e9sentation des int\u00e9r\u00eats partisans et politiques s\u2019est structur\u00e9e tr\u00e8s progressivement, \u00e0travers la croissance mat\u00e9rielle del\u2019Etat et le travail des grands juristes du \u00adservice public comme Hauriou et Duguit, au d\u00e9but du XXesi\u00e8cle. La meilleure illustration de cette tension a \u00e9t\u00e9 la lutte, pendant un si\u00e8cle, entre parlementaires et hauts fonctionnaires autour de la cr\u00e9ation d\u2019une \u00e9cole nationale d\u2019administration. Cela a \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 pendant la r\u00e9volution de 1848, d\u00e9battu \u00e0 nouveau pendant le Front populaire, et n\u2019a abouti qu\u2019au lendemain de la seconde guerre mondiale, avec la fondation de l\u2019ENA. Jusque-l\u00e0, le d\u00e9put\u00e9 \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme ayant une l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9videmment \u00adsup\u00e9rieure \u00e0 celle du haut fonctionnaire, puisque celui-ci \u00e9tait nomm\u00e9 de \u00adfa\u00e7on arbitraire.<br \/>\nMais depuis les ann\u00e9es 1980, d\u2019autres clivages structurants sont venus bousculer, ou d\u00e9border, la traditionnelle opposition droite-gauche. Le premier se joue autour de l\u2019id\u00e9e de la souverainet\u00e9 et de la question nationale. Jean-Pierre Chev\u00e8nement est le premier \u00e0 l\u2019affirmer, au milieu des ann\u00e9es 1980, quand il substitue la notion de r\u00e9publique \u00e0 celle de socialisme. La vision technocratique, c\u2019est ni droite ni gauche. La r\u00e9flexion de Chev\u00e8nement conduit \u00e0 penser qu\u2019il faut non pas \u00eatre au-del\u00e0 de la droite et de la gauche, mais et de droite et de gauche. De gauche du point de vue social, de droite du point de vue de la conception de l\u2019\u00e9cole, de la la\u00efcit\u00e9, de la souverainet\u00e9 et du rapport \u00e0 l\u2019Europe. Ce dernier est d\u2019autant plus d\u00e9terminant et discriminant qu\u2019il est au c\u0153ur de la question nationale, mais aussi de la question du protectionnisme.<br \/>\nA partir des ann\u00e9es 1980, en effet, s\u2019installe face au mouvement en profondeur de la mondialisation le clivage entre France ouverte et France ferm\u00e9e. Le protectionnisme \u00e9merge alors comme un mode de r\u00e9solution de la question sociale. On avait d\u00e9j\u00e0 connu un tel \u00e9pisode de social-protectionnisme, lors de la premi\u00e8re mondialisation, entre 1890 et 1914. Mais \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0, la rh\u00e9torique populiste-protectionniste a \u00e9t\u00e9 contrebattue par une pratique sociale-r\u00e9publicaine, ou sociale-d\u00e9mocrate: c\u2019est le vote des premi\u00e8res lois sociales, la n\u00e9gociation des premi\u00e8res conventions collectives, la mise en place d\u2019un code du travail et des pr\u00e9mices de l\u2019Etat-providence. Toutes ces avanc\u00e9es vont \u00adoffrir une alternative cr\u00e9dible aux sir\u00e8nes du national-protectionnisme. Le grand probl\u00e8me actuel est que ne se dessine pas clairement \u00adl\u2019alternative progressiste \u00e0 ces derni\u00e8res.<br \/>\nTous ces changements ne font pas dispara\u00eetre les conflits sociaux et la dimension de classe, mais ils les inscrivent d\u00e9sormais dans une repr\u00e9sentation de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galement travers\u00e9e par des oppositions d\u2019une autre nature.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi cette nouvelle repr\u00e9sentation dela soci\u00e9t\u00e9?<\/strong><br \/>\nParce que la soci\u00e9t\u00e9 ne se d\u00e9finit plus seulement par des conditions sociales objectives, mais par des situations v\u00e9cues de fa\u00e7on plus complexe et subjective. Quelqu\u2019un ne se d\u00e9finit plus simplement par le fait qu\u2019il est ouvrier, mais aussi par le fait qu\u2019il est ch\u00f4meur ou menac\u00e9 de l\u2019\u00eatre, que son fils a du mal \u00e0 s\u2019ins\u00e9rer, ou par les menaces sur l\u2019emploi qui p\u00e8sent sur lui, la peur du d\u00e9classement. La langue politique traditionnelle est morte de ne pas l\u2019avoir compris. Cela favorise les rh\u00e9toriques populistes, qui ne d\u00e9valuent la vision de classe que pour mettre en avant de fa\u00e7on vague et simplificatrice \u00ables gens\u00bb ou \u00able peuple\u00bb dans leur simple opposition \u00e0 des minorit\u00e9s distantes ou destructrices. C\u2019est une autre mani\u00e8re de r\u00e9gresser dans la compr\u00e9hension de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Vous \u00e9voquiez, en introduction, l\u2019hypoth\u00e8se que la victoire d\u2019Emmanuel Macron signifie la fin de l\u2019antilib\u00e9ralisme. Pourquoi le lib\u00e9ralisme, en France, a-t-il \u00e9t\u00e9 \u00e0 ce point disqualifi\u00e9?<\/strong><br \/>\nAu XIXe si\u00e8cle, le lib\u00e9ralisme a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 disqualifi\u00e9 pour des raisons sociologiques, parce qu\u2019il \u00e9tait l\u2019incarnation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019individus. Il \u00e9tait donc vou\u00e9 aux g\u00e9monies par le mouvement socialiste naissant, et il ne faut pas oublier que le mot socialisme a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 par Pierre Leroux [1797-1871] pour faire pendant \u00e0 celui d\u2019individualisme. Mais en m\u00eame temps, il \u00e9tait r\u00e9cus\u00e9 par les contre-r\u00e9volutionnaires, pour qui la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas un contrat mais un ordre naturel. Cet antilib\u00e9ralisme a \u00e9t\u00e9 prolong\u00e9 durant l\u2019entre-deux-guerres par une critique \u00e9conomique du lib\u00e9ralisme. Beaucoup estimaient alors qu\u2019il appartenait au pass\u00e9. Aleurs yeux, le monde moderne \u00e9tait celui de l\u2019organisation rationnelle, de la planification, auxquelles le march\u00e9 ne pouvait pas r\u00e9pondre. Or cette critique du lib\u00e9ralisme, qui a pris la forme du keyn\u00e9sianisme, a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s pr\u00e9gnante jusque dans les ann\u00e9es 1980. D\u2019abord anthropologique, puis \u00e9conomique, l\u2019antilib\u00e9ralisme est ensuite devenu social, avec le d\u00e9velop\u00adpement de l\u2019Etat-providence et la socialisation de la responsabilit\u00e9.<br \/>\nCes piliers de l\u2019antilib\u00e9ralisme se sont en partie effondr\u00e9s. D\u2019une part, plus personne ne pense aujourd\u2019hui que la planification soit la solution; le probl\u00e8me n\u2019est plus de r\u00e9cuser l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 mais de l\u2019encadrer et de la r\u00e9guler. D\u2019autre part, la crise de l\u2019Etat-providence a repos\u00e9 la question de la responsabilit\u00e9 individuelle et de l\u2019effort personnel. En revanche, il y a un extraordinaire retour de la critique anthropologique du lib\u00e9ralisme. L\u2019opposition est tr\u00e8s forte entre ceux qui pensent que c\u2019est un grand progr\u00e8s d\u2019avoir une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019individus singuliers et ceux pour qui la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019individus signifie la dissolution sociale. C\u2019est l\u2019attitude de tous ceux \u2013 des plus traditionalistes jusqu\u2019\u00e0 un philosophe comme Marcel \u00adGauchet \u2013 qui critiquent la soci\u00e9t\u00e9 du libre contrat entre les individus au motif qu\u2019elle \u00add\u00e9truit les institutions.<br \/>\nC\u2019est aujourd\u2019hui une question ouverte pour la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise: veut-elle valoriser le lib\u00e9ralisme comme une culture de l\u2019individu auquel la soci\u00e9t\u00e9 fournit les moyens de son autonomie, ou promouvoir le lib\u00e9ralisme du chacun pour soi? Mais c\u2019est \u00e9galement une question pos\u00e9e \u00e0 Emmanuel Macron, lib\u00e9ral en \u00e9conomie mais dont, pour le reste, la philosophie politique para\u00eet ind\u00e9termin\u00e9e dans l\u2019ordre social.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9cente campagne pr\u00e9sidentielle \u00adpr\u00e9sage-t-elle un nouveau fonction\u00adnement de la d\u00e9mocratie?<\/strong><br \/>\nCe qui m\u2019a frapp\u00e9, dans cette campagne, c\u2019est qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 un moment d\u2019intense personnalisation mais d\u2019une aussi faible exp\u00e9rimentation d\u00e9mocratique. Ceux qui ont \u00e9t\u00e9 les vecteurs de cette personnalisation n\u2019ont pas cherch\u00e9 \u00e0 la compenser par l\u2019\u00e9tude de nouvelles formes politiques. Certes, Enmarche! a men\u00e9 une sorte d\u2019enqu\u00eate aupr\u00e8s des Fran\u00e7ais, mais c\u2019est rest\u00e9 tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral. De m\u00eame pour l\u2019usage des r\u00e9seaux sociaux par M\u00e9lenchon. On est loin des discussions nourries, men\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es, sur la recherche de nouvelles formes d\u00e9lib\u00e9ratives ou participatives associant les citoyens.<br \/>\nL\u2019autre constat, c\u2019est celui de l\u2019\u00e9puisement de la forme des partis traditionnels. Historiquement, ces derniers avaient une double fonction d\u2019organisation du suffrage universel et de repr\u00e9sentation de la soci\u00e9t\u00e9. Or l\u2019une et l\u2019autre se sont singuli\u00e8rement \u00e9rod\u00e9es: les partis ne repr\u00e9sentent plus depuis longtemps les cat\u00e9gories sociales, ils n\u2019en sont plus les porte-parole parce que la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est plus seulement \u00adconstitu\u00e9e \u00e0 partir de quelques grands blocs \u00adsociaux comme le salariat, les ouvriers, les \u00ademploy\u00e9s, les cadres\u2026 mais \u00e0 partir de situations sociales beaucoup plus complexes et mouvantes. Quant \u00e0 leur r\u00f4le d\u2019organisateurs de la d\u00e9mocratie, ils sont concurrenc\u00e9s par des mouvements d\u2019un type nouveau, comme ceux de Macron ou de M\u00e9lenchon.<br \/>\nEnfin, l\u2019\u00e9lection de Macron renforce la personnalisation du pouvoir, longtemps per\u00e7ue comme une perversion de la d\u00e9mocratie. Dans la vision r\u00e9publicaine, la bonne d\u00e9mocratie, c\u2019est l\u2019impersonnalit\u00e9: le pouvoir doit \u00eatre col\u00adl\u00e9gial, donc parlementaire. C\u2019est une id\u00e9e fondamentale de la R\u00e9volution. Gambetta l\u2019amplifiera \u00e0 la fin du XIXesi\u00e8cle en disant que tout bon d\u00e9mocrate doit se m\u00e9fier des personnalit\u00e9s excessives. La mont\u00e9e en puissance du pouvoir ex\u00e9cutif a profond\u00e9ment chang\u00e9 ce rapport \u00e0 la personnalisation. La VeR\u00e9publique n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 une exception r\u00e9trograde, elle a au contraire anticip\u00e9 un mouvement g\u00e9n\u00e9ral de pr\u00e9sidentialisation des d\u00e9mocraties, qu\u2019il y ait ou non \u00e9lection pr\u00e9sidentielle. L\u2019\u00e9lection de Macron, c\u2019est le triomphe de cette personnalisation puisque les candidats des partis traditionnels ont \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9s par ceux qui se d\u00e9finissaient comme les catalyseurs directs d\u2019une aspiration populaire, qu\u2019il s\u2019agisse de Macron, M\u00e9lenchon ou LePen. On est pass\u00e9 d\u2019une logique de repr\u00e9sentation dela \u00adsoci\u00e9t\u00e9 \u00e0 une logique d\u2019identification.<\/p>\n<p><strong>Vous avez estim\u00e9, notamment \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019affaire Richard Ferrand, que le soup\u00e7on mine la d\u00e9mocratie. Qu\u2019entendez-vous par l\u00e0 ?<\/strong><br \/>\nLes Fran\u00e7ais sont tr\u00e8s sensibles \u00e0 la question de la responsabilit\u00e9 politique. C\u2019est pour cela que, dans l\u2019\u00e9pisode r\u00e9cent concernant Richard Ferrand, son attitude a \u00e9t\u00e9 scrut\u00e9e \u00e0 la loupe. Celles du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et du premier ministre \u00e9galement. La responsabilit\u00e9 politique consiste, pour un responsable public, \u00e0 prendre sur soi pour purger la d\u00e9fiance n\u00e9e des soup\u00e7ons \u00adprovoqu\u00e9s par certaines \u00adinformations sur son comportement. Et pour cela \u00e0 d\u00e9missionner. La responsabilit\u00e9 politique implique la reconnaissance par ceux qui ont des fonctions politiques qu\u2019il est de leur devoir d\u2019\u00eatre ceux qui payent, parfois, le prix du soup\u00e7on pour restaurer la \u00adconfiance dans la d\u00e9mocratie. Au prix m\u00eame de ce qui peut \u00eatre ressenti comme une \u00ab injustice \u00bb quand il n\u2019y a pas de d\u00e9lit \u00e0 proprement parler. Ce sont, \u00e0 la limite, de n\u00e9cessaires victimes expiatoires dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019opinion est aussi gouvern\u00e9e par des passions qui se nourrissent des inach\u00e8vements de la d\u00e9mocratie et du manque de vertu des \u00e9lites.<br \/>\nCar la d\u00e9mocratie repose sur la confiance, c\u2019est-\u00e0-dire sur la possibilit\u00e9 de faire une hypoth\u00e8se sur le comportement futur de quelqu\u2019un. La confiance a une dimension cognitive : ce qu\u2019on sait de la personne permet de pr\u00e9juger de son comportement futur ; si l\u2019on d\u00e9couvre que ce que l\u2019on sait est incomplet ou erron\u00e9, cela ne peut que rompre la confiance et cr\u00e9er le trouble. Je trouve terrible que le premier ministre ait d\u00e9clar\u00e9 que les \u00e9lecteurs seront juges du sort de M. Ferrand. Cela t\u00e9moigne d\u2019une compl\u00e8te incompr\u00e9hension de ce que veut dire la responsabilit\u00e9 politique. De m\u00eame pour le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, lorsqu\u2019il assure qu\u2019il faut soutenir un ministre mis en cause aux yeux de l\u2019opinion d\u00e8s lors qu\u2019il n\u2019est pas mis en examen par la justice. A c\u00f4t\u00e9 de l\u2019arbitrage de l\u2019\u00e9lection et de l\u2019office des juges, la d\u00e9mocratie a en effet besoin de ce \u00adtroisi\u00e8me pilier, qui ne peut \u00ad\u00e9videmment pas \u00eatre institu\u00adtionnalis\u00e9. Ce n\u2019est pas compris en France, alors que \u00e7a l\u2019est au \u00adRoyaume-Uni.<br \/>\n<span style=\"color: #ffffff;\">..<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le vicende che hanno accompagnato la successione alla Presidenza della Repubblica francese evidenziano, oltre a una marcata personalizzazione del confronto politico che eclissa il ruolo dei grandi partiti, anche un nuovo assetto del discrimine politico principale, che fin qui si era basato essenzialmente sulle nozioni di destra e di sinistra . Intervista a Pierre Rosanvallon, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12],"tags":[],"class_list":["post-45570","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-24-politica"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pietroichino.it\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/45570","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pietroichino.it\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pietroichino.it\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pietroichino.it\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pietroichino.it\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=45570"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.pietroichino.it\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/45570\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pietroichino.it\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=45570"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pietroichino.it\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=45570"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pietroichino.it\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=45570"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}